jeudi 3 juillet 2014

Il y a 200 ans en 1814…

Après 1714 où les relevés étaient des BMS (Baptêmes, Mariages, Sépultures), voici 1814 et ses relevés de NMD (Naissances, Mariages, Décès). Le Révolution est passée par là et l'Assemblée Constituante a transféré l'état civil aux mairies.
1814, c'est la Campagne de France, une guerre quasiment civile, dont presque personne ne parle en France : une coalition d'états combat Napoléon et remet sur le trône un roi, Louis XVIII. Cette guerre passe par Montigny-Lencoup et les batailles de Nangis, Valjouan et Montereau entrainent le passage des troupes et laissent derrière elles des blessés.

Voici les relevés de 1814 qui commencent par les naissances :

Le 8 janvier, Jacques FADIN fils de Charles et de Marie Catherine FRANCOIS.
Le 11 janvier, Marie Louise Angélique Ursule BERTIN fille de Jean Charles et de Marie Angélique TARIN.
Le 14 janvier, Charles Augustin LEFEVRE fils de Louis Robert et d'Anne Geneviève MARIE.
Le 13 février, Etienne TANNÉ fils d'Etienne et de Geneviève FOISSIER.
Le 16 février, François Jacques DESTROST fils de Jacques et de Marie Catherine GUILLIN.
Le 22 février, Marguerite Geneviève NOURY fille de Pierre François et de Marie Reine HERVET.
Le 24 février, Jacques François Théodore DROUET fils de François et de Julie DUPRÉ.
Le 25 février, Denis VIVOIS fils de Jean Baptiste et d'Adélaïde ROZAY.
Le 7 mars, Etienne Hubert PACON fils d'Etienne François et de Geneviève FRAUSNIER.
Le 11 mars, Denis Etienne FOURQUENAY fils d'Etienne Denis et de Rose RAMARD.
Le 13 mars, François VILLOT fils naturel de Marie Constance Joséphine VILLOT et du cordonnier Joseph AUBERTON.
Le 16 mars, Antoine Ferdinand POMPEL fils de Donat et de Geneviève GOY.
Le 17 mars, François PARIS fils de Claude Laurent et d'Anne DESTROST.
Le 18 mars, Adélaïde Mélanie DOUINNE fa Pierre François et d'Adélaïde REGARD.
Le 8 avril, Véronique PARÉ fille de Nicolas et de Véronique BRIQUET.
Le 25 avril, Madeleine LASNIER fille de Victor et de Madeleine MARNAUD.
Le 27 avril, Marie Eugène Amandine LANUTOT fille d'Etienne et de Marie Angélique GUILLIN.
Le 3 mai, Anne Virginie AUBÉ fille de Jules Théodore et d'Anne Brigitte LOMBARD.
Le 5 mai, Françoise Rosalie BERTIN fille de Philippe Hubert et de Françoise Rosalie PAROIS.
Le 7 mai, Julie Augustine YVOROIT fille d'Adrien et de Julie LINARD.
Le 18 mai, Marie Geneviève NOURY fille de Pierre et de Marie NOBSAT.
Le 30 mai, Amédée PARAIN fils de Laurent et de ??
Le 8 juin, Louis Lucien DAVESNE fils de Jean Louis et de Françoise ROUSSEAU.
Le 17 juin, Edme Ferdinand MARECHAL fils de Jean Baptiste et d'Elisabeth BOURGINE.
Le 2 juillet, Madeleine Catherine DELBAR fils de Julien Danton Pissetier et de Catherine VIELLE.
Le 16 juillet, Hyppolite DESTROST fils de Pierre Jean Baptiste et de Marie Jeanne Rose JANVIER.
Le 26 juillet, Auguste MASSON fils d'Isidore et de Marie Louise DESTROST.
Le 20 août, Louis Remy DUVAL fils de Louis Remy et de Geneviève VIELLE.
Le 23 août, Jean Louis FONTAINE fils de Robert et de Marie FONTAIS.
Le 20 octobre, Rosalie Fleurine FINELLE de Jean Baptiste Basile et de Louise Reine BOUSSARD.
Le 23 octobre, François Baptiste MATET fils de François et de Marie Anne LECUYOT.
Le 31 octobre, Adolphe Jérôme DUPRÉ fils de François et d'Eléonore Louise FACTIOT.
Le 3 novembre, Pierre DESVIGNES fils de Jean Baptiste et d'Angélique JUSTIN.
Le 16 novembre, Ambroise Simon GOUY fils de François et de Geneviève PIVERT.
Le 20 novembre, Marie Adélaïde POISSON fille Louis et d'Anne VANNESSON.
Le 21 novembre, Pierre Adolphe ROUSSEL fils de Claude François et d'Anne Adélaïde FOURNIER.
Le 11 décembre, Isidore LEFEVRE fils de Jacques et d'Elisabeth ROUSSEAU.
Le 24 décembre, Jean Baptiste NOURY fils de Jean Baptiste et de Marguerite BELLEVILLE.
Le 31 décembre, Pierre Jean Baptiste BOURDIN fils d'Eloi et d'Angélique VANNESSON.

Il y a eu trois mariages :

Le 7 décembre, Pierre François DELETRE veuf de Geneviève GAUDILLET avec Geneviève BERNIER veuve de Michel GOUBY.
Aussi le 7, Etienne TANNÉ veuf de Geneviève FOISSIER avec Rose LECUYOT fille de Pierre et de Marie Jeanne TANNÉ.
Le 14 décembre, François GALLIEN fils de Joseph et de Marie BOURGOIS avec Anne Virginie MARET fille de feu Jean et d'Anne MACQUIN.

Pour les décès :

Le 7 février, Claude SEIGNEUR, vigneron.
Le 20 février, Jean BEGUE de Saint-Germain-Laval.
Le 22 février, Etienne TANNÉ 22 jours, fils d'Etienne et de Geneviève FOISSIER.
Le 26 février, Hubert DELERY 20 ans, conscrit au 8e régiment des tirailleurs de la Garde impériale.
Le 11 mars, Pierre ROUSSIN 61 ans.
Le 13 mars, Geneviève FOISSIER 27 ans, épouse d'Etienne TANNÉ.
Le 13 mars, Pierre LECUYOT, vigneron.
Le 15 mars, Jacques SIMON 20 ans, manœuvre.
Aussi le 15, Jean René CHARTIER, militaire de la garde nationale.
Le 1er avril, Augustin Alexis Firmin HERBET 11 mois, parisien en nourrice.
Le 1er avril, Mathurin CHAUSSON, militaire.
Le 2 avril, François Jacques DESTROST 6 semaines, fils de Jacques.
Le 5 avril, Marie Marguerite GOY 2 ans.
Le 22 avril, Edme POMPEL 2 ans, fils de Donat.
Le 25 avril, Madeleine LASNIER 1 jour.
Le 26 avril, Véronique PARÉ 18 jours.
Le 29 avril, Joseph TAPIN 20 ans, tirailleur. C'est la transcription de son décès à Anvers le 4 février 1814.
Le 3 mai, Jean Baptiste DESTROST 3 ans.
Le 13 mai, Geneviève Louise GUERARD 10 mois.
Le 20 mai, Marie Anne MASSON 55 ans.
Aussi le 20, Marie Anne DUMONT 66 ans.
Le 26 mai, Pierre DESTROST 71 ans.
Le 30 mai, Marie Eugène Amandine LANUTOT 1 mois.
Le 8 juin Marie Delphine JOLY fille de Jean et d'Antoinette Claude JEROINS.
Le 13 juin, Antoine RAFFENON 19 ans.
Le 25 juin, Charles Emilie LEBRUN 5 semaines, parisien en nourrice
Aussi le 25, Hubert NICOLE 2 ans, fils de François et de Madeleine BERTRAND.
Le 26 juin, Louise Héleine PARON 20 mois.
Le 7 juillet, Joseph PRIEUR 9 mois.
Le 11 juillet, Marguerite Charlotte Eglantine FERAL 4 mois, parisienne en nourrice.
Le 14 juillet, Frédéric BINOT.
Le 15 juillet, François COURTOIS, soldat. C'est la transcription de son décès à Bayonne le 30 novembre 1813.
Le 16 juillet, Jean Baptiste BRIQUET 86 ans.
Le 21 juillet, Jean ROBIN 29 ans, soldat de la Garde nationale.
Le 8 août, Pierre CARON, soldat. C'est la transcription de son décès à Cambrai le 13 février 1814.
Le 20 août, Louis Nicolas ADVIS 20 jours, parisien en nourrice.
Le 30 août, Marie Rose VANNESSON 11 mois.
Le 1er septembre, Louis Jean Baptiste PACON 13 mois.
Le même jour, Anne Elisabeth BOURGINE 14 mois.
Le 9 septembre, Rose Aymée NOURY.
Le 12 septembre, Julienne DURAN 13 mois, parisienne en nourrice.
Le 17 septembre, Marie Françoise GOY 10 mois.
Le 26 septembre, Marguerite Joséphine LAMBERT 2 mois.
Le 29 septembre, Jacques FADIN 9 mois.
Aussi le 29, Louis François LEFEVRE 1 an 10 mois.
Le 9 octobre, Charles Augustin LEFEVRE 9 mois
Le 13 octobre, Marie Louise BUTELLE 8 mois, parisienne en nourrice.
Le 19 octobre, Jacques François DUPRÉ 71 ans.
Le 27 octobre, Jean Etienne RAVIOT 1 an 9 mois, parisien en nourrice.
Le 14 novembre, Marie Angélique DE LA ROCHE.
Le même jour, François Eugène Prosper BORDELET, parisien en nourrice.
Le 18 novembre, Joseph GUILLON, soldat. C'est la transcription de son décès à Mouillette en Catalogne le 16 novembre 1810.
Le 18 novembre, Jean Charles BERTIN, soldat. C'est la transcription de son décès à Verdun le 5 janvier 1814.
Et le 20 novembre, François BRIQUET 57 ans.

Pas de réflexion sur les naissances et les mariages mais par contre il y a eu pendant l'année 1814 plus de 50 décès contre 19 en 1714. Voici les différences notables :
·     Cinq soldats morts dans ce relevé contre aucun en 1714. Il ne s'agit pas des morts sur les champs de batailles (ils sont laissés à la charge de l'aumônier du régiment et il n'y a pas de transcription de l'acte dans la commune du décédé) mais de blessés dits morts de maladie, toujours la même, la fièvre putride c’est-à-dire la gangrène. Ils ne sont pas tous morts de la Campagne de France mais l'Empire était en guerre quasi permanente…

·       Dix-huit enfants morts en bas-âge contre six en 1714. Certes, il y a eu en cent ans un vrai développement de la mise en nourrice d'enfants nés à Paris, source de revenu pour plusieurs familles de Montigny et ces enfants sortis de leur famille sont souvent plus fragiles mais les natifs de Montigny meurent aussi. L'explication de cette surmortalité infantile semble être la pollution liée à la guerre. De nombreux morts doivent être enterrés sur les champs de bataille, souvent dans des fosses, sans la chaux vive nécessaire à la bonne décomposition. Il y a aussi tous les chevaux qui eux ne sont pas enterrés mais jetés dans les points d'eau, mares, étangs ou cours d'eau. Ceci a entraîné une pollution des nappes phréatiques et de tous les cours d'eau jusqu'à la Seine.

lundi 19 mai 2014

La haie de Gurcy

A l'époque médiévale, la haie de Brie était la frontière entre le domaine royal et le comté de Champagne. La Champagne est réunie au domaine royal par le mariage en 1284 de Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne avec Philippe qui devient roi de France un an plus tard (l'histoire le retient sous le nom de Philippe le Bel). Après de nombreuses péripéties, c'est le roi Jean le Bon qui en 1361 intègre définitivement la Champagne à la France.
Les haies existent comme moyens de défense ou de séparation depuis l'époque gallo-romaine. Il s'agit d'arbustes, principalement épineux,  qui sont volontairement pliés et liés entre eux par la main de l'homme sur une largeur d'une quinzaine de mètres. Une fois les végétaux adultes, cette barrière devient quasi impénétrable et relie les différentes forêts où il est tout aussi dangereux de s'aventurer.
La seigneurie de Nangis dépend de la châtellenie de Melun qui est une possession du roi de France. Les fiefs de Gurcy et Chalautre font partie de la seigneurie de Nangis et les haies entourent cette excroissance dans le territoire champenois. Des parties de ces haies sont visibles sur les cartes de Cassini (datant du milieu XVIIIe siècle), au-dessus de Valjouan nommée "la haye de Nangis" et le long de Montigny-Lencoup nommée "la haye de Gurcy". D'autres se retrouvent dans la toponymie des lieux comme la "Haie Jutard" au-dessus de Chalautre-la-Reposte.
Carte de Cassini (http://www.geoportail.gouv.fr/accueil)


Carte de Cassini (http://www.geoportail.gouv.fr/accueil)

Aux XIIe et XIIIe siècles les marches, ces larges zones plus ou moins incultes entre les grands comtés, vont se transformer en frontières. L'aménagement de ces territoires va se faire de différentes façons :
·     les villes neuves où les seigneurs, en échange de terres ou d'exonération d'impôts, favorisent l'implantation de communautés villageoises.
·         de grandes surfaces de forêts et de terres sont données à des communautés monastiques pour les défricher.
·         des terres cultivables sont données aux ordres ?? qui les structurent en grandes fermes appelées commanderies.
Ces trois méthodes sont utilisées pour entourer la seigneurie de Nangis et renforcer les seigneuries de Montigny et Donnemarie existantes depuis longtemps. Ainsi, dans le sens des aiguilles d'une montre, on trouve Coutançon donné aux Hospitaliers puis Villeneuve-le-Comte (aujourd'hui Villeneuve-les-Bordes). Vient ensuite l'abbaye cistercienne de Preuilly, cinquième fille de Citeaux, puis l'abbaye de femmes de Saint-Thomas-de-Laval, fille du Paraclet, et enfin au nord vient Rampillon donné aux Templiers.
Ces haies séparant le royaume de France et le comté de Champagne auraient dû disparaître au XIVe siècle et pourtant aujourd'hui, cinq siècles après, la "haie de Gurcy" sépare toujours le finage de Gurcy-le-Châtel de celui de Montigny-Lencoup; évidement il ne s'agit plus d'épineux comme à l'époque. Ainsi le château de Gurcy a aujourd'hui, à l'extrémité de son parc, une belle double rangée de sapins.



Au sud la "haie" continue sur Montigny par une rangée de grands arbres doublée d'une rangée d'arbustes.

vendredi 25 avril 2014

Les derniers Trudaine

Philibert Trudaine et Marie Rosalie Bouvard de Fourqueux ont eu deux garçons et une fille Marie Françoise, morte jeune. 
De Charles Louis Trudaine de Montigny, l'aîné, et Charles Michel Trudaine de la Sablière, seul le premier est seigneur de Montigny-Lencoup, mais leur sort étant étroitement lié jusqu'à la mort, il est difficile de séparer leur histoire. En effet les deux frères qui n'avaient qu'une dizaine d'années au décès de leurs parents, ne sont connus que par leur triste fin en 1794 en pleine terreur.

Madame Trudaine par David
(musée du Louvre)
Charles Louis est baptisé le 18 septembre 1764 en l'église Saint Nicolas des Champs à Paris. Après des études juridiques, il est avocat au Châtelet et conseiller au Parlement de Paris. Le 16 juin 1789, il épouse Marie Louise Micault de Courbeton fille de Jean Micault, Président du Parlement de Bourgogne, et de Marie Françoise Trudaine, une lointaine cousine de son mari (Courbeton est un fief de Saint-Germain-Laval). Les Trudaine reçoivent à Montigny-Lencoup comme dans leur hôtel de Paris, place des Vosges, de nombreux artistes dont le poète André Chenier ou le peintre David. Celui-ci a d'ailleurs fait un tableau de Madame Trudaine qui est aujourd'hui au musée du Louvre, à voir ci-contre. Trudaine de Montigny poursuit la politique foncière de ses aïeux  en achetant plusieurs fermes de l'abbaye de Preuilly lors de la vente des biens nationaux. Le 28 avril 1791, il achète les deux fermes comprises dans l'enceinte de l'abbaye (des Domaines et de Beauvais), le 6 juillet, la ferme de Gratteloup juste au-dessus de l'abbaye et le 8 août, le moulin d'Estrée avec ses aulnaies et ses prés.
Charles Michel est baptisé à Saint Nicolas des Champs le 2 mai 1766. Comme son frère, il est avocat et conseiller au Parlement de Paris. De santé très précaire, on ne parle de lui que toujours associé à son frère. Sans union, il a pourtant une fille naturelle, Elisabeth Françoise, qui au décès de ses parents, sera adoptée par sa grande tante et portera le nom de Bouvard de Fourqueux. 

Le 27 germinal an II (10/04/1794), Jean Micault le beau-père de Trudaine, Président au Parlement de Dijon, est guillotiné. Son fils aîné et son gendre, Trudaine, sont alors inscrits sur la liste des suspects. Deux gardes viennent arrêter Trudaine au château de Montigny. Vivant (Vivant est son prénom) Micault, son beau-frère, est arrêté quelques jours plus tard à Paris. Et c'est par solidarité avec son frère dont il n'avait jamais été séparé, que Michel Trudaine de la Sablière est arrêté, à sa demande, trois semaines après. Ils sont incarcérés à la prison de Saint-Lazare où ils retrouvent leur ami André Chenier.
Lors de l'arrestation, plusieurs habitants de Montigny-Lencoup sont venus offrir à Trudaine d'escamoter les gardes en charge de l'arrêter. Il refuse de peur de les mettre en danger. Ensuite les habitants ont envoyé demandes sur demandes pour obtenir la libération des frères Trudaine, en vain. Ces réclamations ont exaspéré Robespierre qui prie Fouquier-Tinville de l'en débarrasser. Ce sera un arrêt de mort car celui-ci invente une prétendue conspiration où les prisonniers, une fois évadés, devaient assassiner les membres du Comité de Salut public. Cette mascarade de procès va livrer cinquante sept condamnés à mort, mascarade puisque le jeune Trudaine est arrivé à la prison dix huit jours après le prétendu complot. Chenier est guillotiné le 7 thermidor, les frères Trudaine le 8 et le lendemain, c’est la chute de Robespierre qui les suit sur l’échafaud le 10. La terreur est terminée! Il a manqué deux jours aux Trudaine.

Comme il n'avait aucun héritier direct, les biens de Trudaine de Montigny furent partagés entre les collatéraux, un seizième seulement revint à sa veuve. La santé de Madame Trudaine a été sérieusement ébranlée par ces événements. Elle habita encore le château quelques années puis malade et languissante, elle alla mourir à Genève, à l'âge de trente trois ans, le 11 brumaire an XI (02/11/1802). Son corps fut ramené de Genève et inhumé dans le chœur de l'église de Montigny-Lencoup.

Ainsi s'achève l'histoire des Trudaine à Montigny-Lencoup. La plaque sur la fontaine, place Trudaine, traduit bien les bonnes relations qu'ils avaient avec les habitants.

mardi 1 avril 2014

Philibert Trudaine, la troisième génération

Jean Charles Philibert Trudaine de Montigny naît le 19 janvier 1733 à Clermont-Ferrand fils de Daniel Trudaine et Marie Marguerite Chauvin. 
Son père, conscient de la part croissante des sciences abstraites, lui fait étudier les mathématiques puis la physique et la chimie. Dès 1757, il est l’associé et le collaborateur de son père dans toutes ses fonctions. A la mort de celui-ci en 1769, il le remplace comme Grand Voyer de France et comme directeur du Commerce et des Manufactures. Lorsqu'il se présente à Louis XV, il lui propose d’exercer gratuitement les charges de son père et le Roi va répondre avec finesse : « on me demande si rarement une pareille grâce que, pour la singularité, je vous l’accorde ».
Comme son père, Philibert Trudaine est ami des physiocrates (la physiocratie est  l’école de pensée économique et politique, née en France vers 1750, qui contribue de manière décisive à forger la conception moderne de l'économie et à placer la réflexion et la pratique de l'économique dans un cadre de référence plus autonome... http://fr.wikipedia.org/wiki/Physiocrate) et défenseur des libertés économiques. Ainsi il est fondateur en 1761, avec Bertin et Turgot, de la première société d’agriculture et en 1765 il aide à la fondation du "Journal d'Agriculture". En 1764, il devient membre associé de l'Académie des Sciences où, grâce à sa fortune, il joue un rôle de mécène notamment en finançant la création du "Journal de Physique" et en dotant de nombreux prix scientifiques de l'Académie.

Au château de Montigny, il a fait construire un théâtre et aussi un laboratoire. Il y reçoit tous ses amis artistes, politiques et scientifiques : Malesherbes, Turgot, Montesquieu, Diderot, Lavoisier, Clairaut… Avec Lavoisier il va, par exemple, faire fabriquer et essayer à Montigny une lentille bien plus grande que toutes celles existantes pour faire des expériences de chimie (et non de physique : il s'agit de bruler à forte température sans que des produits de la combustion, du charbon par exemple, n'influe sur les résultats des expériences).
Les lentilles ardentes de Lavoisier
Trudaine partage les idées économiques de Turgot, le ministre des finances de Louis XVI, son ami d'enfance (le père de Turgot est seigneur de Châtillon-sur-Seine). Lorsque le 12 mai 1776, le Roi donne l'ordre à Turgot de se retirer, par solidarité Trudaine démissionne de toutes ses fonctions.

Philibert Trudaine se marie en 1756 avec Françoise Bernardine Gagne de Périgny dont il n'aura pas d'enfant. En 1762, veuf, il épouse en secondes noces Marie Rosalie Bouvard de Fourqueux dont le père sera lui aussi ministre de Louis XVI (même les vrais historiens ont le droit de ne pas connaitre Michel Bouvard de Fourqueux, car il ne fut ministre que du 10 avril au 1er mai 1787). Deux enfants vont naître de cette union en 1765 et 1767, Charles Louis et Charles Michel qui feront l'objet d'un autre billet. Son épouse meurt en 1776 et lui décède en son château de Montigny le 5 août 1777 à l'âge de 44 ans.

samedi 22 mars 2014

Le Grand Trudaine



Dessin d'un buste de Trudaine
paru dans 
Le Magasin pittoresque.
Daniel Charles Trudaine naît le 2 avril 1703 à Paris de Charles et Renée Madeleine de Rambouillet. Après des études de droit il est nommé conseillé au Parlement en 1721, puis conseiller d’Etat. De 1730 à 1734, il est Intendant d’Auvergne et habite Clermont-Ferrand. En attirant l’attention des ministres sur le manque de communication entre la plaine et la montagne, il réussit à développer les richesses de l’Auvergne. Bien qu’il ne soit resté que cinq ans, Clermont perpétue son souvenir avec le boulevard Trudaine. Revenu à Paris, il est intendant des finances chargé du Département du Domaine puis des Fermes Générales.
En 1743, il est choisi pour diriger l’assemblée des inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1769. Il a réalisé des milliers de kilomètres de routes royales. Elles reliaient Paris aux frontières et aux principaux ports de mer, ce sont les routes nationales
Dès son arrivée, il crée un bureau de dessinateurs chargés de réunir et de rapporter le plan des grandes routes. Ces cartes sont plus précises et représentent mieux les paysages français que les carte de Cassini ; elles sont connues sous le nom d’Atlas de Trudaine. Ci-dessous la carte de Montereau.

http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/atlasdetrudaine.htm
Se rendant rapidement compte que pour améliorer son administration, il lui faut des ingénieurs compétents, il fonde en 1747, l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées qui existe toujours.
En 1749, il est nommé Directeur du commerce, fonction considérable (il chapeaute tous les intendants du commerce de France) qu’il occupe jusqu’à sa mort. Comme pour la direction des Ponts et Chaussées, il associe rapidement son fils et il obtient la survivance (c’est à dire qu’au décès du père, le fils sera automatiquement le successeur).
Daniel Trudaine épouse le 19 février 1727 Marie Marguerite Chauvin. Ils auront trois enfant, Jeanne Madeleine née en 1728 et morte à l’âge de sept ans, Jean Charles Philibert né en 1733 fera l’objet d’un prochain article et Amable Charles né en 1734 et mort à l’âge de 14 ans. C’est après cette naissance que sa femme décède en 1734 à Clermont-Ferrand. Il ne se remariera pas et décède le 19 janvier 1769 à Paris.
Daniel Trudaine est par son père seigneur de Montigny-Lencoup et de Champigny et par sa mère seigneur de la Sablière, arrière fief de Saint-Germain-le-Gaillard en Eure-et-Loir.

A Montigny-Lencoup, il poursuit la politique de son père en agrandissant la seigneurie par le rachat du fief de Salins (probablement en 1728) et celui du Grand Hôtel de Vimpelles en 1761. Il poursuit aussi la politique de rachat des arrière-fiefs et des fermes avec notamment :
  • le hameau de Bru entre Salins et Montigny par échange en 1733 avec les moines de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Il sera détruit peu après.
  • Orvilliers par échange avec les mêmes moines en 1741.
  • le fief de la Fontaine Geoffroy comprenant La Voulte et la ferme de la Grande-Maison de la Fontaine Couverte en 1747.
  • Nuisement et la Grande Croix à Villeneuve en 1761 en même temps que la seigneurie de Vimpelles.
  • à Salins le fief du Fresnoy et les fermes de Villiers et Morsains.
  • la ferme du Tremblay et la Dixmereste par échange avec les moines de l'abbaye de Preuilly en 1768.
Daniel Trudaine va modifier profondément les paysages de Montigny tout d'abord en construisant un château moderne (*) digne de son rang après avoir démoli celui de Diane de France mais aussi en modifiant durablement les voies de communications, en sa qualité de Grand Voyer de France, ainsi il crée :
  • la route reliant Montereau à la Ferté-sous-Jouare (actuelle D 201). Avant, le chemin de Montereau à Nangis coupait de Salins à Villeneuve par Coutençon.
  • la route reliant Montigny à Fontainebleau (actuelle D 210).
  • la route reliant Villeneuve-les-Bordes à Donnemarie-Dontilly (actuelle D 213)
  • peut-être aussi la route de Montigny à Donnemarie (actuelle D 403), l'ancienne route passant par l'abbaye de Preuilly (peut-être, car je suis persuadé de l'avoir lu quelque part mais je ne retrouve pas où).

le château sur le plan d'intendance de la paroisse de Montigny-Lencoup avant 1789 (AD 77, 1 C 55/13)

  • (*) le plan du château est ici


samedi 15 mars 2014

Il y a 300 ans, en 1714...

Que s'est-il passé en 1714 ?

En France, la guerre de succession d'Espagne vient de se terminer, Louis XIV avait mis sur le trône son petit-fils. La possibilité de réunion sur la même tête des couronnes de France et d'Espagne avait enflammé l'Europe. Le traité d'Utrecht en 1713, puis ceux de Rastadt et Bade en 1714, mettent fin à cette guerre mais laissent le royaume particulièrement appauvri.
Le 4 mai décède l'héritier de la couronne de France, le duc de BERRY, petit fils de Louis XIV. Le roi n'a plus qu'un seul héritier en ligne directe, son arrière petit-fils âgé de trois ans, fragile et maladif, ce sera le futur Louis XV.
A Montigny-Lencoup, seuls les registres paroissiaux peuvent nous donner une photographie de la vie du village.

Ainsi vingt-deux baptêmes ont été célébrés au cours de l’année 1714 :
  • 17 février, Marie Anne CASTEL fille de Jean et Marie VILOTE
  • 20 février, Louis CUPIN fils de Louis et Jeanne YGOT
  • 2 mars, Jean MIDAUT fils de Jean et Catherine HARLES
  • 2 mars, Louis YGOT fils de Savinien et Jeanne LARET
  • 6 mars, Marie Anne ROUSSEAU fille d’Antoine et Françoise NOMINE
  • 9 mars, Georges GANDILLET fils de Jacques et Marie ?
  • 5 avril, Anne DUCHEMIN fille de Pierre et Elisabeth THOMAS
  • 7 avril, Jean BRIQUET fils de Jean et Marie LECLERC
  • 16 avril, Georges DELARY fils de François et Elisabeth EMBE
  • 1 mai, Anne DESTROY fille de Blaise et Marie BRIZON
  • 22 juillet, Louis FOUCALLE fils de Pierre et Catherine NICET
  • 26 juillet, Pierre PACON fils posthume de feu Pierre et Françoise HUET
  • 5 août, Jacques NOURY fils de François et Marie GOUBY
  • 14 août, Jean TANNE fils de Pierre et Marie LISLE
  • 20 août, Jean OUBLOUX fils de Jean et Marguerite DAVID
  • 6 septembre, Reine Geneviève DESVIGNES fille de Denis et Geneviève GERBAUT
  • 9 septembre, Daniel Charles BELOT fils de Pierre et Marie Anne VORGETTE. Le parrain est Daniel Charles TRUDAINE de MONTIGNY et la marraine est sa sœur, Agnès TRUDAINE. Tous deux sont les enfants de Charles TRUDAINE seigneur de Montigny qui signe pour son fils. Madeleine LOMBARD, gouvernante, signe pour Agnès.
  • 16 septembre, Claude NOURY fils de Jean et Geneviève BAUDIOT
  • 16 septembre, Etienne GUERINEAU fils d’Etienne et Marie TANNERIE ?
  • 12 novembre, Claude TRAULET fils de Louis et Marie BAUDEAU
  • 19 novembre, Elisabeth TAPIN fille posthume de feu Louis et Elisabeth LOROT
  • 24 novembre, Charles TANNE fils de Charles et Marie Anne PROTAT.
Trois mariages ont été célébrés :
  • 23 janvier, Louis TROUVE fils de feu Charles et Anne LESPLATS avec Marie FILLON fille de François et Anne BOURDET
  • 28 août, Charles TANNE fils de Charles et Marie PIQUOT avec Marie Anne PROTAT fille de Nicolas et Anne LORIN
  • 23 octobre, François HERAULT de Dormelles veuf de Madeleine LAURENT avec Geneviève PROTAT fille de Pierre et Marguerite TROUVE.
Il y a eu dix-neuf inhumations :
  • 15 janvier, Marie GAUDAIRE
  • 31 janvier, Marie GABRIELLE
  • 1 février, Catherine LEROUX
  • 26 février, Louis CUPIN fils de Louis
  • 16 mars, Anne DESPLATS femme de Louis POISSON
  • 19 mars, Jacques HEBERT fils du maître boulanger
  • 26 mars, Georges GANDILLET fils de Jacques (né le 9)
  • 30 mars, Françoise NOURY 5 mois fille de Jean
  • 3 avril, Jeanne LEFEVRE veuve de Gilles ROBERDEAU
  • 14 avril, Marguerite NOEL femme de François DESTRE
  • 27 avril, Georges MOGNE fils de Philippe
  • 27 avril, Pierre GUERIN 64 ans
  • 29 avril, Louis TAPIN 35 ans
  • 20 mai, Simon PACON
  • 27 mai, Jean BRIQUET fils de Jean (né le 7/4)
  • 3 juin, Etienne BAILLARD
  • 2 août, Pierre PACON (né le 26/7)
  • 15 octobre, Geneviève HEROS, en nourrice, fille de Louis, marchand de soie à Paris
  • 17 décembre, Georges DELARY fils de François (né le 16/4).

Ces actes suggèrent plusieurs réflexions. Ainsi deux enfants sont nés d'un père décédé et cinq enfants meurent dans leur première année (six avec celui en nourrice) : la mort faisait beaucoup plus partie de la vie de nos ancêtres qu'aujourd'hui. Charles Trudaine, seigneur de Montigny, est présent pour parrainer l'enfant de l'un de ses fermiers, c'est fréquent. Il est aussi fréquent qu'il parraine , à contrario un enfant pauvre dans le but de booster ses chances.

samedi 8 mars 2014

Charles Trudaine, seigneur de Montigny-Lencoup

La famille Trudaine pendant quatre générations a marqué l'histoire de Montigny-Lencoup. C'est Charles qui achète le château et la seigneurie en 1694.

Charles Trudaine est baptisé le 3 janvier 1660 à Paris, Saint Nicolas des Champs. Il est le fils de Charles, trésorier de France à Amiens puis maître des Comptes à Paris à partir de 1655. Les généalogistes pourront trouver son ascendance en annexe.
Il est d’abord conseiller au Parlement en 1684 puis il est nommé maître des Requêtes en 1689, Intendant de Lyon de 1705 à 1710, enfin Intendant de Bourgogne jusqu’en 1711, année où il rentre au Conseil d’Etat.
En 1716, il est nommé prévôt des marchands de Paris (à quelques choses près, équivalent actuel du maire de Paris). Il va être révoqué par le Régent en 1720, au moment des spéculations du Mississipi ; il défendait trop durement les intérêts de la ville de Paris contre les agissements de Law. Les parisiens perpétuent sa mémoire avec l’avenue Trudaine.
Charles Trudaine épouse le 7 janvier 1701 Renée Madeleine de Rambouillet, dame de la Sablière qui lui donne trois filles et deux garçons. Le premier dit « chevalier de Trudaine » est mort jeune et le second, Daniel Charles que ses contemporains appelleront «  le Grand Trudaine » sera l’occasion d’un prochain article.
Charles Trudaine décède le 21 juillet 1721 à Paris, sa femme y décédera le 20 novembre 1746.

Seigneur de Champigny par sa mère, Charles Trudaine achète la seigneurie de Montigny-Lencoup à la chambre des Requêtes de Paris le 20 septembre 1694. Mais qu’est-ce qu’une seigneurie ? Un fief à deux facettes :
·        Le foncier divisé en deux parties, la ‘réserve’ que le seigneur exploite directement à travers ses fermiers et les ‘tenures’ où les paysans et laboureurs propriétaires de leur terre (au sens actuel) paient au seigneur le cens (équivalent de notre impôt foncier).
·        La seigneurie banale qui est un ensemble de services (obligatoires !) fournit par le seigneur contre des redevances. Ce sont des péages sur les marchandises, des installations comme le moulin, le four ou le pressoir, mais aussi l’organisation de la police et de la justice.
Au Moyen-Age le seigneur pouvait diviser son fief et vendre des arrière-fiefs, les vassaux ainsi créés versaient une redevance à charge d’une partie de la seigneurie ou simplement de l’un des droits banaux.
A la fin du XVIIe siècle, il faut augmenter la réserve foncière pour avoir un rapport suffisant et les services banaux ont disparu hormis la justice qui elle s’est spécialisée.
En 1704, Charles Trudaine achète trois arrière-fiefs de Montigny : Pré Bertin démoli peu après, Maison Neuve aussi démoli et le château et la ferme de Bel Orme également démolis.
Plan extrait de la monographie de Montigny-Lencoup (AD 77, 30 Z 442)

On voit encore, sur ce plan du XVIIIe siècle l’emplacement de ces trois fiefs au nord de la commune. En 1715, il achète la seigneurie de Villeneuve-le-Comte (aujourd’hui Villeneuve-les-Bordes) qu’il réunit à celle de Montigny. Son fils Daniel continuera cette politique d'agrandissement de la seigneurie et de rachat d'arrière-fiefs.

Ascendance
1 - Charles Trudaine 1659-1721

Génération 2
2 - Charles Trudaine 1616-1666
3 - Anne-Marguerite Joly 1633-1725

Génération 3
4 - Jean Trudaine †1666
5 - Anne Laisné †1661

Génération 4
8 - Jean Trudaine †
9 - Marie Laloyer †
10 - Aubin Laisné †1629
11 - Catherine Passart 1564-1640

Génération 5
22 - Pierre Passart †
23 - Claudine Merlin †1582

Génération 6
44 - Pierre Passart †1549
45 - Marie Le Loup †1560

Génération 7
88 - Berthelot Passart †1530
89 - Robine Fromentin †1546